PART 12 – « LES AUTRES ET MOI » OU « MOI ET LES AUTRES » ?

Nous nous sommes quittés sur l’histoire de la petite robe noire en vitrine. À elle seule, cette histoire résume les particularités de communication hommes-femmes.

Devant une vitrine, la femme dira : « Oh ! Chéri, qu’elle est jolie cette petite robe noire ». Au plus profond d’elle-même elle espèrera qu’il ait le message et attendra impatiemment son prochain cadeau.

L’homme dira : « Regarde ce pull, j’adore. Si tu veux me faire un cadeau, voilà ce que tu peux m’acheter » ou sans détour, il dira « viens, nous allons l’acheter ».

La femme espère que son conjoint la comprenne alors qu’elle parle à demi-mots. L’homme, lui, dit sans détour.

La femme ne demande pas, elle espère. Serait-ce cette petite voix intérieure qui lui dit « ça ne se fait pas de demander ! » ou espère-t-elle, ou vérifie-t-elle qu’il la connaisse bien ?

Ces divergences de fonctionnement ont été la source de l’incompréhension qu’a pu ressentir Lison face à Simon.

Depuis plusieurs semaines, nous n’avons plus de nouvelles de Lison, ni de sa vie familiale, ni de sa vie sentimentale. Que lui est-il arrivé ?

Lison va très bien. Dans un premier temps, après s’être protégée, elle a appris à prendre soin d’elle. Elle s’investit dans ce qu’elle aime, son travail, son intérieur, ses passions.

Non, elle ne s’est pas repliée sur elle-même, elle s’est autorisée à être elle. Elle a compris que son acharnement était profondément lié à son désir d’être à tout prix comme les autres, au point de s’oublier elle-même et de se perdre dans ses incompréhensions permanentes.

C’est parce que son cœur lui a fait très mal qu’elle a compris que ce après quoi elle courait était source de souffrance.

 



Regard du thérapeute :

Lison a fait le choix de ce que je nomme « l’égoïsme positif ».

« Les autres et moi » ou « moi et les autres » ?

Notre « Éducation » nous inculque, tant dans le langage verbal que dans les comportements humains : « les autres et moi » et non « moi et les autres ». Cela s’appelle le savoir-être, le savoir-vivre, les convenances, les codes sociaux. Un tas de règles qui nous conduisent à nous faire passer en second plan. Dans ce sens, vous prenez soin des autres en première intention.

Les jeunes filles étaient jadis les plus concernées : sois mignonne, sois gentille, sois sage…

Qui n’a pas entendu : « ça ne se fait pas, ça ne se dit pas » ?

Puis au fil de l’évolution de la société, dont nous faisons également partie, de plus en plus de personnes se sont autorisées à se marginaliser. A sortir du cadre, du moule, du conformisme. Celui qui nous assujetti au regard des autres.

Le « Je », d’abord, dans la langue et dans les comportements est non conforme à la règle du savoir-être en société. Il peut cependant être « pardonné » aux personnes plus âgées lorsqu’elles se servent en premier.

C’est l’exception qui fait la règle.

Il est appris aux jeunes enfants « on ne se sert pas d’abord, c’est impoli ». Ce sont les convenances du vivre ensemble. C’est la socialisation.

Vous direz peut-être « Mais j’aime prendre soin d’eux. Les voir heureux me rend heureux (se) c’est la raison pour laquelle je les fais passer avant moi ».

Je comprends. Seulement, essayez une fois, juste une fois, de prendre soin de vous d’abord.

Cette expérience vous déstabilisera peut-être si vous n’en avez pas l’habitude. Elle vous fera peut-être un bien intérieur incroyable qui aura une saveur surprenante, inconnue. Un bien-être que vous n’oserez vous avouer, reconnaître, accepter, qui vous fera culpabiliser.

Il y aura peut-être cette petite voix qui vous dira « ce n’est pas bien » parce que sommes phagocyté(e)s, emprisonné(e)s dans un système social, des habitudes, une normalité dont nous n’osons sortir de peur du regard de l’autre. Ce qui se fait ou ne se fait pas.

L’idée n’est pas de ne plus prendre soin des autres et d’être centré(e) sur soi, de tendre vers l’individualisme. L’objectif est de se sentir exister pour se sentir épanoui(e).

Ce bien-être, qui sera le vôtre, rejaillira sur les personnes qui vous entourent. Ce qu’elles percevront et ressentiront de votre état ne pourra que les ravir. Si toutefois cela n’était pas le cas, vous pourrez alors vous demander si elles vous aiment pour elles ou pour vous, pour ce que vous leur apportez.

Être soi demande une force de caractère qui se construit et se déconstruit au fil du temps car rien n’est jamais acquis. La confiance en soi et l’estime de soi vont parfois être tributaires de nos rencontres, des évènements de la vie quotidienne et de l’image que nous aurons de nous-même.